On pensait l’appellation « Dream Team » usurpée par toutes les équipes américaines qui ont succédé à celle des JO de Barcelone. Mais le Team USA année-modèle 2007 rappelle étrangement l’équipe qui a donné au basket sa dimension planétaire. Toutes proportions gardées.
+ 43. + 64. + 50. + 37. + 27. + 39. Non, il ne s’agit pas de scores de Coupe de France entre des équipes de N1 et les quelques rescapés de Promotion d’Honneur Départementale. Les écarts que vous venez de lire sont ceux des six premiers matches de l’équipe américaine au Tournoi des Amériques, qualificatif pour les JO 2008. Les victimes en sont toutes arrivées au même constat d’impuissance. Du Venezuela au Canada en passant par les Iles Vierges, le Mexique, le Brésil et Porto-Rico. L’armada américaine domine de la tête, des épaules et du nombril.
A tel point que les comparaisons avec la Dream Team originelle commencent à fuser. Le Team USA des Kobe Bryant, LeBron James et autres Carmelo Anthony mérite-t-il d’être comparé à la plus belle équipe jamais assemblée ? Pas sûr… Ou sûrement pas ?! Aucun des joueurs du roster n’a le charisme d’un Jordan, d’un Magic ou d’un Barkley. LeBron est trop surmédiatisé, Kobe trop difficile à cerner, Melo trop immature. Et tous trois ont encore beaucoup à prouver sportivement.
Au moins, l’attitude a changé. Oubliés les comportements arrogants et pleins de mépris de Kevin Garnett et Vince Carter à Sydney. Même les plaintes pitoyables de Tim Duncan (« FIBA sucks », s’il est besoin de le rappeler) ont été rangées au placard. Les Américains ont (semble-t-il) compris qu’aucune Nation au monde ne leur servira un match sur un plateau d’argent. S’ils veulent être champions olympiques, il faudra aller au charbon. Les défaites cuisantes d’Indianapolis (2002), Athènes (’04) et Saitama (’06) ont enfin servi de leçon.
« Regarder Team USA terminer troisième aux Championnats du Monde l’été dernier a été très difficile », reconnaît Kobe Bryant, qui fait cet été sa première apparition sous le maillot américain. « J’étais en colère, comme tout le monde ». Alors la diva des Lakers s’est impliquée. Nommé capitaine par Coach K, Bryant s’est immédiatement imposé comme le leader incontestable. Pas très surprenant quand on connaît son acharnement au travail. Dans son sillage, c’est toute une équipe qui a décidé de jouer dur. Et de ne pas laisser la moindre chance à l’opposition.
117 points par match, une réussite aux tirs insolente, et dix petits ballons perdus par match seulement. Les USA s’offrent une balade de santé qu’ils n’avaient plus connue depuis 1994. Le bilan chiffré est impressionnant… mais ce qu’il ne dit pas, c’est que malgré les progrès énormes des pays d’Amérique Latine et du Sud ces dix dernières années, le niveau de ce tournoi frise le ridicule.
Le Canada est privé de Steve Nash et de Jamaal Magloire et repose sur Samuel Dalembert. Sans commentaire. Porto Rico est aussi dangereux à l’intérieur qu’une équipe de Pro B depuis la retraite de Jose Ortiz et dépend d’un journeyman honnête mais irrégulier (Carlos Arroyo). Les Iles Vierges jouent sans leurs joueurs NBA (Tim Duncan, qui ne peut pas jouer avec la sélection étant donné qu’il a déjà porté le maillot américain, et Raja Bell), tout comme le Mexique, orphelin d’Eduardo Najera. Restent le Brésil et l’Argentine.
La sélection lusophone a belle allure sur le papier, entre Leandro Barbosa, Nene Hilario et Tiago Splitter. Mais trois noms n’ont jamais fait une équipe, surtout que la clef de voûte du jeu intérieur (Nene) tourne péniblement à 8 points et 6 rebonds. Après avoir frôlé le dépucelage face aux Iles Vierges (93-89), les Brésiliens ont explosé face aux superstars américaines, incapables de trouver une solution de repli au non-match de Barbosa, totalement éteint par la défense de Bryant. Le Brésil a du potentiel, mais il est loin, très loin, d’avoir le vécu collectif et l’intelligence de jeu de l’Argentine. Des Argentins qui sont toujours invaincus après six rencontres mais qui seront trop courts pour résister à l’équipe hôte. Les défections de Manu Ginobili, Andres Nocioni, Fabricio Oberto et Walter Herrmann font très mal. Les Abliceleste sont solides, mais ils manquent de génie et de profondeur de banc. Heureusement pour eux, Luis Scola est fidèle au poste et Carlos Delfino montre de belles choses.
Mais que penser d’une compétition sensée être relevée et dont la révélation est un pivot de 2m10 qui peine à gober 4 rebonds par match ? Roman Gonzalez, 28 ans, apporte une contribution bienvenue à l’Argentine, mais il incarne presque à lui seul le manque d’intérêt du tournoi.
Alors, certes, le Team USA est impressionnant et semble intouchable. Physiquement, l’équipe montée par Jerry Colangelo est monstrueuse. L’architecte de USA Basketball a même compris qu’il lui fallait ajouter des joueurs de l’ombre à son escadron de scoreurs stars. Michael Redd est parfait en dynamiteur de zone, Mike Miller est en embuscade et des joueurs comme Tayshaun Prince et Tyson Chandler savent pourquoi ils sont là. Pour la première fois, l’équipe compte même une rotation de vrais meneurs adroits et altruistes. Mais le Team USA n’a pas intérêt à retomber dans ses travers.
Il a des failles. Le jeu collectif est loin d’être au point, et aucun intérieur n’est une vraie menace offensive sur attaque placée. Contre les défenses poreuses du Venezuela ou du Mexique, des défauts de ce genre passent inaperçus. Qu’en sera-t-il face aux défenses de zone des grosses cylindrées européennes ? Qu’en sera-t-il face aux Grecs, ou face à une Argentine en pleine possession de ses moyens ?
Une équipe se crée dans la difficulté. Un mirage se crée dans la facilité. Quoi de plus aisé pour Captain Kobe que de montrer son leadership dans une équipe qui atomise ses adversaires par un écart moyen de plus de 43 points ? Le Team USA n’a pas jusqu’ici rencontré la moindre résistance, et même l’Argentine ne semble pas armée pour le pousser dans ses retranchements. Il ne fait aucun doute que les JO de Pékin seront autrement plus relevés. En attendant, la pluie de dunks qui s’est abattue sur Las Vegas n’a pas apporté le moindre début de réponse. Elle a juste reporté les questions.
Salut, j’ai cliqué sur ta bannière sur nbaevolution par curiosité, donc here i’am!
Je suis assez d’accord avec toi sur ce team usa, le manque d’adversité ne fait que repousser les questions essentielles et il faudra voir à Pékin qui composera le team usa (les mêmes joueurs seront-ils toujours présents?l’équipe devra-t-elle être remodofiée à cause de désertinos ou blessures?) pour voir si l’or olympique redevient américain ou non…
Par contre, je me permet une petite remarque: tournoi sans intérêt, pas complètement, n’exagèrons rien! Nombre d’observateurs voyaient l’Argentine complètement aux fraises et même pas capable de gagner son billet direct avec cette équipe privée de la plupart de ces meilleurs joueurs. Aujourd’hui, l’Argentine joue la finale de ce tournoi des Amériques et a dores et déjà validé son billet pour la Chine! Maintenant que la qualif’ a été assuré, je pense que les stars argentines feront un effort l’année prochaine pour (probablement) finir leur carrière internationale sur une médaille olympique!
Tchao!