Une fois de plus, l’entêtement de David Stern à vouloir préserver l’antique formule des playoffs aura ôté tout suspense à la finale NBA. Il y a déjà 10 ans que le sujet fait débat. 10 ans que la vraie finale, celle qui oppose comme il se doit les deux meilleures équipes de la ligue, est jouée avant l’heure au cœur de la Conférence Ouest. Depuis le dernier sacre des San Antonio Spurs en 2007 face à une horde de Cavaliers qui n’en avaient que le nom.
On avait alors cru à une redistribution des cartes. Forte des arrivées de Kevin Garnett et Rashard Lewis puis du retour de Tracy McGrady, la Conférence Est semblait sur la bonne voie. Trop peu, trop tard. Les restes de la domination de Dallas, San Antonio et Phoenix ont parfaitement préparé le terrain aux Blazers de Greg Oden et aux Sonics de Kevin Durant. Les deux premiers choix de la draft 2007 ont réussi à éclipser les exploits individuels de LeBron James en trustant les honneurs collectifs. Si les médias n’ont jamais réussi à élever leur rivalité au rang du duel Magic – Bird à cause de leur manque d’antagonismes, leur impact sportif n’a pas déçu.
Les deux joueurs ont fait de la côte pacifique le centre d’attention numéro 1 des sports américains. Un exploit quand on sait que l’un comme l’autre évoluent dans deux marchés plus que moyens avec une tradition basket limitée. Trois titres chacun, autant de titres de MVP. Leur domination sans partage a décomposé les aspirants à la gloire les uns après les autres. Les Bulls ont fini par imploser, les Hawks par retrouver leurs vieux démons après la déculottée infligée par les Sonics en finale 2012. A l’image de l’ère Jordan, de nombreuses équipes sont passées près du titre sans jamais inquiéter les ogres voisins du Pacifique.
Comme dans les années 80, deux équipes ont enchaîné les apparitions en finale. Malheureusement, on n’aura jamais eu la chance de les voir s’y affronter. Kevin Durant et Greg Oden semblent condamnés à se rencontrer en finale de conférence. Puis à décortiquer machinalement leur adversaire en finale. Les Knicks de LeBron, les Bulls de Dwyane Wade, les Hawks et leur effectif pléthorique, tous s’y sont cassé les dents. Les Blazers et leur défense de fer autour du rempart Oden, ou les Sonics et leur collectif balancé au service des prouesses offensives de Durant ? Pick your poison, comme disent les Américains.
La ligue n’a pourtant jamais été aussi fournie en talent individuel, grâce notamment à l’inoubliable cuvée 2007. Une draft mythique qui mérite les comparaisons avec celles de 1984, 1996 et 2003. A ceci près que deux de ses joueurs ont enchaîné les trophées. 1984 restera à jamais dans les esprits. Jordan, Barkley, Olajuwon, Mullin, Stockton, autant de joueurs qui ont fait de la NBA une ligue au rayonnement planétaire. 1996 aura fourni un nombre impressionnant de All-Stars, mais trop peu de vrais champions. Quant à 2003, son déclin aura été presque aussi fulgurant que son ascension, avec en point d’orgue les frasques répétées de Carmelo Anthony. Où situer la génération 2007 ? Quelque part entre les deux premières citées. Une cuvée pleine de talents dont les deux principaux ont dépassé toutes les attentes.
Il y a bien eu des bides retentissants comme Yi Jianlian et Spencer Hawes, mais quelle draft peut se vanter de ne pas en avoir connu ? Ce que l’on retiendra surtout, c’est le renforcement de l’hégémonie de l’Ouest. Le regretterait-on si le Commissionner avait eu le cran de bouleverser le format des phases finales ? Probablement pas. A trop se préoccuper de son développement marketing, Stern a porté un coup fatal à l’intérêt sportif de la ligue la plus populaire du monde. Il a surtout privé Greg Oden, Kevin Durant, et tous les amateurs de basket de la planète d’affrontements épiques en finale qui les auraient définitivement propulsés dans la légende. Il est temps que cela change. La draft 2017 est la plus talentueuse depuis 10 ans, et l’arrivée des nouvelles franchises de Londres et Pékin offre à Stern un alibi tout trouvé pour changer ce qui doit l’être sans perdre la face. Une nouvelle ère arrive.