June 25, 2007...4:42 pm

Jordan, Zidane, Parker – Cherchez l’intrus

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Zidane, Parker, JordanLe sujet divise. Les uns y voient la consécration ultime, les autres un titre tout juste honorifique et qui n’a jamais eu moins de sens que cette année. Tony Parker est le MVP de la finale NBA. Enfin, de la parodie de finale que les amateurs de bon basket ont dû subir. Probablement conscients de l’atrocité de l’affrontement, les Spurs ont au moins eu le bon goût d’expédier manu militari une équipe de Cleveland totalement débordée. On aurait pu en rester là. Sauf que…

… Sauf que la presse sportive française a exploité le filon jusqu’à l’écoeurement, et que les admirateurs inconditionnels du plus mauvais rappeur français (« on mangera des steaks grands comme la Croatie », même Charal n’en voudrait pas comme slogan) ont le plus grand mal du monde à remettre les orteils sur terre. Le Panthéon George Eddy pour le Chauvinisme Forcené. a coonu une vague exceptionnelle d’intronisations ces dernières semaines. De Jacques Monclar (« Ce que Tony Parker a fait en finale cette année, c’est ce qu’avait fait Zinedine Zidane le 12 juillet 1998 », rien que ça) à L’Equipe.fr. Ainsi, Parker est « assis sur un trône au panthéon des basketteurs », et a fait « un grand pas dans l’histoire des sports US ». On nous rappelle également que Kobe Bryant n’a jamais obtenu le titre de MVP de la finale. Mais le meilleur est à venir : « Tony Parker a fait aussi fort que Jordan ».

Mere Teresa Avec ce genre de raisonnement, j’ai fait mieux que Mère Teresa en obtenant l’AFPS et j’ai fait aussi fort que Victor Hugo en ayant mon bac. Ne riez pas, je suis assis sur un trône au panthéon des bacheliers.

Tony Parker est un excellent basketteur, personne n’oserait penser le contraire. Mais faire partie d’une liste aussi prestigieuse que celle des MVP de la finale NBA ne signifie pas être au niveau des légendes qui la composent. Comparer le meneur des Spurs à ses prédécesseurs (à quelques exceptions près) est une hérésie pure et simple. Le mettre dans la même phrase que Zinedine Zidane aussi. Zizou était un génie et la star d’une équipe de France qui a remporté la Coupe du Monde en battant l’équipe la plus titrée de l’histoire. Parker est un lieutenant de Tim Duncan et a brillé contre l’équipe la plus faible jamais parvenue à ce niveau. L’Equipe.fr a réussi l’exploit de lancer ces deux comparaisons. Parker a-t-il fait aussi fort que Jordan ? A-t-il fait mieux que Kobe Bryant ? A-t-il gagné sa place au panthéon des basketteurs ? Sa performance est-celle digne de celle de Zidane ? A toutes ces questions, la réponse est non.

Le but ici n’est pas de se lancer dans une descente gratuite du joueur ni de dénigrer sa performance. Juste de lui accorder la couverture qu’il mérite. En commençant par cette question : que vaut réellement ce titre de MVP de la finale ? A peine plus que celui de MVP du All-Star Game, surtout cette année. TP a survolé la finale. Il est le meilleur joueur d’une série de QUATRE matches remportés haut la main par une équipe taillée pour le titre contre une escouade de milieu de tableau. Cleveland n’avait rien à faire à ce niveau et est l’une des équipes les plus faibles de la ligue au poste de meneur. Sportivement, ce titre de MVP a beaucoup moins de valeur que les sélections au All-Star Game du meneur français. Un titre de MVP des playoffs aurait bien plus de sens, et il irait sans conteste à Tim Duncan.

Parker n’a pas fait « un grand pas dans l’histoire des sports US ». C’est Dirk Nowitzki qui s’en est occupé il y a quelques semaines. Qu’il se soit effondré dès le premier tour avec ses Mavericks n’est pas la question. Qu’un joueur formé en Europe soit élu MVP de la saison est une avancée énorme. Le reste n’est qu’un enfoncement de portes ouvertes.

Réduire la carrière d’un joueur à son palmarès est stupide. Tony Parker a trois titres NBA et un titre de MVP de la finale. Est-il pour autant un meilleur joueur que John Stockton ou Steve Nash? Robert Horry a été sacré champion sept fois avec trois équipes différentes, cela fait-il de lui un meilleur joueur que Karl Malone ou Charles Barkley ? Parker est tombé au bon endroit au bon moment, il serait bon de le rappeler avant de se lancer dans des comparaisons odieuses. Et, malgré tout ce qu’il a accompli jusqu’ici, il n’est pas un All-Star indiscutable. La concurrence à son poste et dans sa Conférence est rude, et son titre de MVP de la finale ne changera pas la réalité du terrain. Ses 24 points de moyenne face aux Cavs ont sérieusement abîmé la rétine du public français qui voit désormais en lui le meneur dominateur de sa génération. Mais le vrai Parker n’est pas celui qui a détruit méthodiquement la défense de Cleveland. Le vrai Parker est celui que l’on a vu sur la durée de la saison et des playoffs – un joueur impressionnant de régularité et d’efficacité. Mais pas du calibre d’un MVP de la finale.

Le vrai exploit de Tony Parker n’est pas autour de ce trophée honorifique. Il est dans sa fulgurante progression. Il est dans sa capacité à tirer le maximum de ses possibilités. Il est dans son mental en acier. Il est dans sa détermination. A trop vouloir faire de son couronnement un évènement historique non seulement pour le basket français mais pour le sport en général, les médias « spécialisés » se couvrent de ridicule et oublient l’essentiel. Pourquoi chercher coûte que coûte à comparer TP aux légendes du basket quand ce qu’il réalise est déjà un exploit en soit ? Pourquoi perdre toute objectivité sous prétexte qu’un joueur français vient d’intégrer une liste prestigieuse ? Pourquoi ne pas se contenter de retranscrire les choses telles qu’elles sont ? Tony Parker est passé de la banlieue tranquille de Rouen au titre de MVP de la finale NBA. A force de volonté, à force de beaucoup de chance aussi, mais il y est arrivé. Il est loin d’être le Zidane du basket, plus loin encore d’en être le Michael Jordan. Mais ce qu’il réalise est superbe, et c’est bien suffisant.

2 Comments

  • Vraiment bien écrit, avec des arguments qui tiennent la route de surcroit. Je partage entièrement ton point de vu. Mon passage préféré : “Avec ce genre de raisonnement, j’ai fait mieux que Mère Teresa en obtenant l’AFPS et j’ai fait aussi fort que Victor Hugo en ayant mon bac. Ne riez pas, je suis assis sur un trône au panthéon des bacheliers.” T’es allé loin quand meme là. XD

  • Joli montage photo, le DA de REVERSE est jaloux ! :-)
    Bien joué ton article. C’est vrai que certains se sont un peu enflammés le lendemain du 4ème match…
    C’est dommage qu’on soit obligé de jouer les rabat-joie derrière à cause d’un abus de superlatifs.
    +


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