Superbes au premier tour contre Houston, sereins en demi-finale de conf’ face à la vague de chaleur venue d’Oakland, les Utah Jazz ont sombré aux portes de la finale NBA face à San Antonio. Une performance décevante après un parcours surprenant. D’autant que la forme laisse beaucoup de regrets…
Deron Williams pointe son cœur. « Guys need to figure out what’s right here ». La phrase est lâchée. Certains de ses coéquipiers manqueraient de cœur. Le game 5 vient de s’achever sur une déculottée sévère pour le Jazz. Irréprochable tout au long de ces playoffs, Williams ne décolère pas. « Certains mecs se sentaient déjà en vacances. Depuis longtemps. (…) On aurait pu penser qu’on allait se battre davantage, dans le match le plus important de notre carrière. » Des propos durs repris par Carlos Boozer. « Nous sommes en finale de Conférence et certains joueurs se croient déjà en vacances », assène l’ancien de Duke, dépité. « A côté de ça, vous avez un mec comme Derek Fisher qui doit faire face à des problèmes familiaux (sa fille est hospitalisée à New York pour une maladie rétinienne rare) mais qui traverse la pays pour venir jouer et donner tout ce qu’il a. » A entendre les deux compères, il y a fort à parier que la franchise mormonne se prépare à quelques bouleversements. D’autant que les cibles des critiques acides des deux piliers de l’équipe sont claires.
Mehmet Okur et Andreï Kirilenko ont flanché au plus mauvais moment. Avec ces deux-là au meilleur de leur forme, Utah était déjà loin de partir favori de sa série contre les Spurs, mais aller en finale avec deux fantômes dans le cinq majeur est mission impossible. Le cas Okur est le plus difficile à comprendre. Déstabilisé par Yao Ming au premier tour, le pivot turc a joué un rôle essentiel dans la série contre Golden State. Contre une équipe sans véritable présence intérieure, c’est paradoxalement en s’écartant qu’il a posé des problèmes insolubles aux Warriors. C’est de la même manière qu’il était sensé peser sur la finale de conf’. Malheureusement, la maîtrise défensive collective de San Antonio l’a privé de sa zone de confort. Le problème pour Utah, c’est qu’il n’a pas juste été transparent, il a été mauvais.
Pour ceux qui s’interrogent sur cette dernière phrase, oui, il y a une différence. J’ai réalisé ça en regardant un match de l’Equipe de France période Euro 2003. Je suis tranquille dans mon canapé, canette à la main et tablette de chocolat à portée de coude. Au cœur de la deuxième mi-temps, un évènement étrange attire mon attention. Le réalisateur propose un gros plan de Jérôme Moïso en train de sortir, remplacé par un de ses coéquipiers. Et là, c’est le drame : « quoi, Moïso était sur le terrain ? Depuis quand ? ». La lecture du box-score le lendemain m’indique que le plus gros flop de l’histoire du basket français a joué presque 30 minutes. Sans que je m’en aperçoive. Voilà ce que c’est qu’être transparent. Rassurez-vous, l’ancien pivot de UCLA est à ma connaissance le seul joueur capable de l’être sur tout un match. Mais revenons Okur du problème.
Mehmet a été mauvais. Qu’il souffre plus face à la défense des Spurs que face à l’agitation des Warriors ne surprendra personne. Mais pas de là à passer de 17 points à 51% (dont 38% à trois points) et 10 rebonds de moyenne contre GSW à 7 points et moins de 5 rebonds et 28% aux tirs. Pareille déconfiture est gênante pour un joueur majeur, mais elle devient problématique quand celui-ci touche la coquette somme de 8 millions de $ sur la saison.
Surtout quand le plus gros salaire de l’équipe fait péniblement mieux. Andreï Kirilenko, 12 millions de dollars la saison, 9 points et 4 rebonds de moyenne face aux texans. Pour le Russe, le problème est différent. Il s’agit plus d’un problème identitaire que d’une simple baisse de performance. Okur se voyait déjà dans un hamac à l’ombre des cocotiers avant la fin de la série, tandis que Kirilenko n’a jamais réussi à trouver sa place cette saison. Son excellente série face aux Warriors n’y a rien fait. Depuis le retour en forme (et quelle forme !) de Carlos Boozer au poste 4, le rôle d’AK47 a été revu. Des deux côtés du terrain. Contraint de défendre sur des ailiers et donc de s’écarter du cercle, il est moins présent en deuxième rideau que lorsqu’il jouait power. Sa présence au rebond s’en ressent. Quant à son utilisation offensive, elle est devenue quasiment anecdotique. Vexé d’avoir été laissé de côté par la redistribution des cartes, il en a perdu une partie de son jeu d’attaque. Mais pas tout. Il reste un rouage essentiel du jeu collectif sublime mis en place par Jerry Sloan. Ses passes aveugles entre les jambes ou dans le dos pour Carlos Boozer sont devenues un classique et sont tellement déroutantes que plusieurs intérieurs – dont nous tairons les noms – se demandent encore s’il n’y a pas du David Copperfield (à ne pas confondre avec David Chesterfield : http://www.youtube.com/watch?v=yjTo8EirVVo ) en lui. Mais le fait est que sa contribution est insuffisante pour un joueur au salaire de franchise-player.
Kirilenko s’est-il laissé envahir par sa frustration au point de baisser les bras au plus mauvais moment ? Deron Williams et Carlos Boozer n’ont pas voulu donner de noms, mais tous les regards se portent avec insistance sur la légion étrangère du Jazz. Okur, Kirilenko et Gordan Giricek, qui n’a pas apporté à Utah l’adresse extérieure qu’il est sensé incarner, sont en première ligne. « Nous avons été tout près (de la finale NBA) sans vraiment avoir une équipe qui comprend ce qu’il faut faire pour y arriver ». Une réflexion signée Derek Fisher qui rappelle que le Jazz est sur la bonne voie malgré quelques fausses notes et un énorme couac. Avec Williams à la mène et Boozer à l’intérieur, Sloan peut compter sur une assise solide. Et sur des battants. Reste au front-office à déterminer si l’équipe a failli par manque d’expérience ou si certains joueurs n’ont tout simplement pas une mentalité de gagnants.
Une question à laquelle D-Will a sa réponse. « J’ai toujours été un compétiteur. Certains gars dans l’équipe sont aussi comme ça. Mais d’autres ne le sont pas. » Une attaque qui a le mérite d’être claire mais qui doit faire siffler plus d’une paire d’oreilles. Reste que Williams a franchi un cap. A bientôt 23 ans et en 17 matches de playoffs, Deron a prouvé match après match qu’il est de la trempe des plus grands. Face à trois adversaires totalement différents, il a su s’adapter et trouver le moyen de briller… et de faire briller. Incapable de rentrer un tir primé au premier tour contre Houston (3/22 sur la série !), il drive et distribue à merveille, puis signe 20 points et 14 passes dans le match décisif. Au tour suivant, le rythme effréné imposé par Don Nelson et la puissance de Baron Davis le poussent à la faute (près de 6 turnovers par match), mais il ne flanche pas dans les moments clés et arrache la prolongation lors du 2e match. Et alors que la plupart des analystes ricains le déclarent cliniquement mort par anticipation de son duel face à Tony Parker, il éclabousse la série de toute sa classe avant de terminer sur une jambe.
Le Jazz peut regretter de s’être ainsi écroulé au moment où il aurait fallu faire front, mais l’important n’est pas là. Les Spurs étaient plus forts, plus solides, plus concentrés. Et puis accéder à la finale de la Conférence Ouest après deux ans sans playoffs est déjà une performance de choix. Reste que Deron Williams en veut plus. Il veut revenir, et partir sans regrets. Au tour du management de la franchise mormonne de lui en donner les moyens.
[01 juin 2007]
1 Comment
June 20, 2007 at 12:29 am
Quoiqu’il ait pu se passer contre les Spurs, la saison des Jazz restera comme une très grande réussite. La naissance d’un (futur) très grand meneur, la resurrection d’un intérieur de qualité avec Carlos Boozer, sans oublier Okur (celui de saison régulière), Harpring et Millsap. J’ai toujours confiance en Kirilenko mais je serai pas contre un trade (meme si son salaire bloque quasiment toutes éventualités de transfert). Mais le gros problème reste selon moi le cas du Turque, il est beaucoup trop orienté extérieur et cela déséquilibre le systeme Jazz. A mon avis il ne serait pas bete de l’envoyer autre part contre un vrai bon pivot, mais cette denrée étant rare, j’en doute fortement…