Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai craqué. J’ai regardé un Hornets – Celtics… en entier ! J’ai dû me faire violence plusieurs fois pour en venir à bout, mais j’ai réussi. Ne riez pas, regarder jouer les Celtics pendant tout un match n’est vraiment pas facile. On ne s’attaque pas à un match de ce genre sans prendre quelques précautions. Donc pour ceux qui souhaiteraient également plonger dans ce que la NBA a de pire à offrir, voici ce qu’il faut savoir :
- Ne partez pas dans une telle aventure sur un coup de tête. Une bonne préparation est indispensable si vous voulez en revenir indemne. N’hésitez pas à en parler autour de vous, à demander conseil à vos amis, ou à solliciter ceux qui s’en sont sortis.
- Rentrer à plusieurs dans un défi de cette envergure peut être une bonne solution. En tout cas c’est moins risqué. Choisissez bien vos amis, par contre. Il est plus que dangereux de regarder un match de Boston avec un fan de Gerald Green ou de Telfair.
- Préparez de quoi passer le temps. Soyez sûr d’avoir le dernier numéro de Reverse à portée de main, un bon stock de caféine, de quoi manger. Préparez aussi un coussin et une couette pour le deuxième quart-temps.
- Dernière chose, la plus importante peut-être : pensez à garder sous la main le Dallas – Phoenix du début du mois où le Dynamo – Benetton d’Euroligue d’il y a dix jours. Rien de tel qu’une bonne cure de désintox après un match aussi minable.
Une fois équipés, vous pouvez y aller. Et, d’entrée, vous ne serez pas déçus. Première remise en jeu pour Boston après un lay-up facile de Desmond Mason, et premier signe de QI basket négatif. Rajon Rondo se retrouve derrière la ligne de fond, sans un seul coéquipier dans sa moitié de terrain ! Ce qui m’amène à trois questions : 1. où va une équipe dont le point-guard effectue les remises en jeu ? 2. à quoi pensent les 4 autres Celtics ? 3. où est ma canette ? Evidemment, Rondo finit par balancer la balle en touche au milieu du terrain. Et le temps que je retrouve ma canette, Chris Paul a déjà profité du cadeau de Boston pour planter un tir primé. Se planter comme ça sur la première remise en jeu, il faut tout de même le faire. Je me demande ce que Doc Rivers fait faire à ses joueurs à l’entraînement. Sûrement un tournoi de PS3 pour Green, Telfair, Rondo, Jefferson et les autres gamins de l’effectif. Pendant que Danny Ainge montre en boucle des highlights de Greg Oden et Kevin Durant pour persuader Paul Pierce de rester, tout en l’empêchant de s’entraîner convenablement. Pas fou, Danny. On a tendance à le sous-estimer, mais sortir une saison aussi minable sans chercher à créer le moindre électrochoc, il faut le faire.
A ma grande surprise, la boulette du début de match est vite oubliée, et les celtes font même un premier quart-temps honorable. Jusqu’à rentrer leurs neuf premiers tirs. Un exploit de ce calibre n’est pas arrivé à la franchise depuis un entraînement d’avril 2005 auquel Antoine Walker et Ricky Davis n’avaient pas eu le droit de participer. Mais ça ne suffit pas pour rêver à une belle partie. Le DJ du Ford Center d’Oklahoma City en est réduit à passer du Harry Belafonte. Sa sono n’est d’ailleurs pas assez puissante pour masquer les « cling » atroces qui suivent chaquer lancer-franc de Tyson Chandler. Sur la ligne de réparation, les Frelons ne piquent d’ailleurs pas grand-chose d’autres que les yeux des spectateurs. Il n’y a qu’à voir Desmond Mason tirer ses lancers pour s’en persuader. On a l’impression de voir un croisement entre Anthony Mason (aucun lien, j’suis fils unique) et Bill Cartwright. Heureusement pour Byron Scott, l’intensité défensive de Boston est telle que Chandler leur colle 6 points de suite – oui, 6, vous ne rêvez pas, 3 de moins que son record en carrière. En face, on ne fait pas mieux. La télé américaine affiche LA stat. Les Hornets encaissent 10 points de plus en moyenne par match depuis le All-Star Break, et leurs adversaires shootent à plus de 50%. Quand on sait que New Orleans est en course pour les playoffs, cherchez l’erreur…
Le premier quart-temps se termine, et on a presque l’impression d’avoir assisté à du basket de haut niveau. C’est là que les Celtics décident de sortir le grand jeu. Entre courants d’air défensifs et anarchie offensive, la franchise du Massachusetts montre le même niveau de performance qu’afficherait le PSG si l’épée de la relégation ne pendait pas au-dessus de sa tête ! Boston rate ses neuf premiers tirs et arrive difficilement à enchaîner trois passes. En défense, on peut enfin imaginer ce que donneraient cinq Adam Morrison ensemble sur le terrain. Les Hornets n’ont pas à forcer pour leur infliger un 31-9 dans la période. Pathétique. Je ne vois pas d’autre mot. C’est là, au cœur du deuxième quart, que la caféine prend tout son sens, que le coup de fil à un ami devient nécessaire, et qu’on est soulagé d’avoir de la lecture. Attention tout de même à garder un œil sur le match. Ce serait dommage de manquer la planche énorme de Devin Brown sur Allan Ray. Ou encore la naïveté de Gerald Green, dont l’air bête et le minuscule QI basket pourraient relancer la campagne Stay In School ! Ou encore la reprise de dribble de mini-poussin de Sebastian Telfair. Pitoyable. C’est à ce moment-là, aussi, qu’on vérifie machinalement qu’on a bien prévu un deuxième match, avec de vraies équipes et des joueurs qui ont déjà fait un 5×5. Ouf, c’est bon. Tout est prêt pour attaquer la deuxième mi-temps.
Doc Rivers, en fin tacticien qu’il est, attaque d’entrée avec un cinq jeune, mobile, censé dynamiter la défense friable des Hornets et remettre Boston sur les bons rails. L’idée a tout pour plaire. Le small ball a fait ses preuves dans certaines situations désespérées. Doc porte bien son surnom. Et puis tant pis si Rivers est à moins de 50% de succès dans sa carrière de coach. Après tout, l’ancien meneur des Hawks, des Knicks et des Spurs a remporté le titre d’entraîneur de l’année dès sa première saison. C’était avec Orlando en 2000. L’idée, encore une fois, prendra tout son éclat quand Boston aura repris l’avantage au score grâce à la pression défensive de son cinq de jeunes loups et à un harcèlement offensif de tous les instants. Malheureusement pour Doc – mais soyons indulgents, il ne pouvait pas le savoir- ses jeunes joueurs sont encore des embryons de basketteurs. Gerald Green n’a pas son pareil pour sauter au plafond de n’importe quelle salle NBA, mais comprend aussi bien le basket que le gardien du gymnase. Et a la même faculté de compréhension que Patrick Ewing. Il n’y a qu’à le voir ébahi après son 27e goal-tending de la saison. Prometteur, le Gerald, mais bien trop vert pour le moment. Idem pour Telfair, qui a perdu tout son basket depuis… qu’il a joué avec son cousin Marbury quand il avait 8 ans. Dommage, le potentiel était là. Mais même le front-office des Blazers a cherché (et réussi !) à s’en débarrasser. Il fait peine à voir, Telfair. Il n’ose plus jouer en première intention, ne pénètre pas. Ça fait déjà beaucoup. Un ailier explosif qui n’a jamais vu un arbitre, et un meneur scoreur en pleine crise identitaire, rien de tel pour revenir au score. Paul Pierce doit être au fond du trou. Heureusement, il y a Rajon Rondo. Combatif, présent, volontaire. Mais manchot. Avec des mains, Rondo serait assurément un futur All-Star. Son instinct en défense est impressionnant. Son altruisme en attaque est remarquable. Son incapacité à rentrer un tir – ne serait-ce qu’un seul – est franchement triste. Le voir se démener aux côtés de Pierce est la seule note d’espoir du match. La tactique révolutionnaire tentée par Doc Rivers, vous l’aurez deviné, tourne mal. Ce qui m’amène à trois questions : 1. Comment Rivers peut avoir un titre de Coach of the Year à son palmarès et pas Jerry Sloan ? 2. Qu’attend David Stern pour mettre à l’amende les équipes qui mettent ouvertement, dès le début de la saison, toutes les chances de leur côté pour drafter en premier –sérieusement, Danny Ainge et Doc Rivers toujours en place ? 3. Où est cette …… canette ?
La fin de match n’offrira rien de plus. Des flashes de l’adresse d’Allan Ray, des coups de poignard de Rasual Butler après chaque panier de Boston, et du jeu brouillon, sans intensité aucune. Heureusement, il y a Telfair. Il reste une poignée de secondes à jouer, le match est plié depuis le début du deuxième quart-temps (les spectateurs du Ford Center en ont eu pour leur argent…), Gerald Green vient de se cogner bêtement la tête contre la planche en tentant un claquette-dunk – on appelle ça le syndrome Tony Allen – et les Hornets gardent le ballon en attendant tranquillement que les secondes s’égrènent. Tout le monde est soulagé que le match touche à sa fin, sauf Telfair, qui jaillit et intercepte la balle, avant d’envoyer Green provoquer la faute. On aura attendu tout le match un sursaut d’orgueil des Celtics. Il arrive à moins de quatre secondes de la fin… Et vingt points de retard. Jamais je n’ai autant eu envie d’un match d’Euroligue.
[11 avril 2007]
1 Comment
June 27, 2007 at 12:10 am
Dans ton top 3 des articles selon moi. Il avait fait trop de ravages sur BasketSession à l’ancienne. Redface avait frolé l’infarctus et la depression. Plus sérieusement, ca reflete parfaitement l’ennui grandissant que l’on peu percevoir en NBA de nos jours. Le calendrier des 82 matchs dilue le niveau et nous offre un bien piètre spectacle par moment.
Mes tops phrases :
- Gerald Green n’a pas son pareil pour sauter au plafond de n’importe quelle salle NBA, mais comprend aussi bien le basket que le gardien du gymnase. Et a la même faculté de compréhension que Patrick Ewing. Il n’y a qu’à le voir ébahi après son 27e goal-tending de la saison.
- Heureusement, il y a Rajon Rondo. Combatif, présent, volontaire. Mais manchot.
- Jusqu’à rentrer leurs neuf premiers tirs. Un exploit de ce calibre n’est pas arrivé à la franchise depuis un entraînement d’avril 2005 auquel Antoine Walker et Ricky Davis n’avaient pas eu le droit de participer.
- Il n’y a qu’à voir Desmond Mason tirer ses lancers pour s’en persuader. On a l’impression de voir un croisement entre Anthony Mason (aucun lien, j’suis fils unique) et Bill Cartwright.
Bref, du louuurd.